Alerte à la plume!

Attention! Attention! Les stylos se rebellent! Ils ont lancé leur révolte, c’est la panique sur les papiers! Soyez conciliants et laissez les s’exprimer…Lâchez-vous ici, laissez vos doigts virevolter sur le clavier. Mots sans sens, sens sans mots, suite de lettres ou déclarations surprise, lâchez prise et laissez vous porter…

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260 réflexions sur « Alerte à la plume! »

  1. C’est exactement comme dans l’avis de psychologues et experts que je t’ai mis, Anna. C’est une drogue.
    Tu l’as lu, ce dossier ?
    Je suis navrée de ne pas t’avoir envoyé l’autre, j’étais overbookée cette semaine (à part la fois où je suis venue ici, là j’avoue j’ai oublié).
    Je te l’envoie tout de suite.
    Il va t’aider. J’ai fait des recherches pour toi.

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  2. « -Pourquoi tu te plantes ton compas dans le bras ?
    -Hein ? Euh, pour rien, laisse tomber Nini, tu comprendras quand tu seras plus grande. Viens là, sœurette. Tu dis rien à maman, d’accord ? »

    La mine du compas dans le poignet, un coup de cutter sur l’avant bras…
    Une fois, deux, trois…
    Avec hésitation les premières fois puis sans retenue, sans soucis de se faire mal…
    Les marques qui restent quelques minutes d’abord, puis des heures, des jours…
    Mais non, ce n’est pas grave, ça ne fait pas mal, je ne recommencerai plus…
    Ne plus recommencer…
    Bien sûr que si je recommencerai.
    Je ne peux pas m’en empêcher, essayez de comprendre, c’est comme une drogue, quand je suis en cours, que je vois mon compas ou la lame du cutter et que ma main s’en rapproche inexorablement et clac, écorchée ou enfoncé dans la poignet pendant de longues, interminables minutes.
    Et ces marques…
    Ces marques qui vous horrifient, qui vous font me considérer monstre…
    Je ne suis pas un monstre, non…Seulement humaine, pauvre humaine avec ses larmes, ses larmes de sang, éphémères et ces cicatrices sur ma peau blanche…
    Une victoire, une victoire contre les Hommes, contre vous, contre eux, vous qui me volez mon corps, qui vous en emparez, c’est une victoire, oui, preuve ultime qu’il m’appartient, que je ne suis pas sous votre emprise, qu’il est à moi et à moi seule…
    Je ne vous demande pas d’approuver seulement de me laisser faire, de me laisser faire, j’en ai besoin, vous ne m’arrêterez pas…
    Je ne me détruis pas, je construis, je construis ma liberté sur ces perles, ces larmes pourpres, sur les ruines de mon enfance…
    La mine du compas dans le poignet, un coup de cutter sur l’avant bras…
    Une fois, deux, trois…
    Je ne suis pas folle, non…
    Vous vous droguez aux M&Ms, chocolat, bonbons… Laissez moi me droguer avec mes compas, mon cutter…
    La mine du compas dans le poignet, un coup de cutter sur l’avant bras…
    Une fois, deux, trois…

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  3. Adèle : C’est normal que ce soit si court : tout se passe très vite… Ce texte est à temps réel. Ensuite, parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer : elle/il va peut-être mourir…

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  4. Hey !
    Le texte que je vous avais promis.
    Ceux qui sont déjà tristes pour les habitants civils de Raqqa, ville sur laquelle on largue des bombes en visant Daesh, ne lisez pas ce texte. Car il est inévitable que des habitants innocents soient touchés. Et c’est le sujet de ce texte.

    Bombe

    Ça y est. Ils l’ont lâchée.
    La bombe traverse le toit et explose dans la maison.
    Je suis emportée dans les airs à une vitesse inouïe. Une demie seconde plus tard, ma tête heurte le mur du salon. Qui est soufflé à son tour.
    L’air incandescent me brûle la chair.
    Je retombe au sol. Je ne sais pas si je suis encore vivante ou déjà morte.
    Peu à peu, une lave insoutenable s’infiltre dans mon crâne.
    La douleur est immense.

    Et je reste là, chair vive, sous les bombes de nos alliés, les ennemis de Daesh.

    À tous les habitants civils de Raqqa.

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  5. C’est une belle lecture, avec deux écritures savamment exploitée pour mieux se mêler. Je suis agréablement surprise, c’est du bon boulot.
    Maintenant ce qui ne va pas : l’histoire est assez confuse, l’espoir n’est pas assez présent. Trop de noirceur et de haine.
    Mais ça laisse une bonne impression. Bravo à vous deux.

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  6. L’espoir d’une vie
    Ses cheveux clairs qui moussent sur ses épaules, la courbe de son nez qui disparaît sous ses lunettes à la monture noire et épaisse, ses yeux qui se diluent dans les verres fumés, l’énigme qui plane sur ses lèvres minces.
    Quel âge ? Entre vingt et cinquante ans. Il y a ce quelque chose d’indicible en elle, la jeunesse des traits et la détresse du sourire qui se mêlent en une absence d’harmonie. La beauté gâchée par l’amertume et la douleur.
    Elle est postée près de la sortie, le dos plaqué contre la pierre, son ombre qui se confond avec le mur.
    – Il va fermer, lui dit-on dans une langue qu’elle comprend mais ne saurait nommer.
    – Je sais.
    – Vous devriez sortir.
    – Je sais. Je devrais.
    Sa voix coupante et incisive, rauque comme si les sons râpaient sa gorge et sa langue, arrête l’autre dans son élan.
    Il lui jette un regard, avise sa silhouette frêle perdue dans son pantalon large, son corps menu dont les courbes déforment à peine les carreaux de son col roulé. Cette femme à angles droits le gêne, il tremble dans la chaleur glacée de la pièce et du regard de l’autre mais répète, des charbons ardents lui consumant la plante des pieds :
    – Vous devriez sortir.
    – Je sais. Je vais sortir.
    Il est figé devant elle, les bras ballants. Ne se rend pas compte que son corps est à l’arrêt, statufié dans le froid de l’endroit.
    – Vous aussi, elle souffle.
    – Quoi ?
    – Vous devriez sortir.
    Il obéit.
    Elle se retrouve seule
    Comme toujours.
    Alors elle sort.
    Elle s’assied sur le trottoir.

    La chaleur s’abat sur ses épaules en une chape moite. Elle n’y prête pas attention. Elle est habituée.
    L’homme peut prendre le pli de tout. Même de l’horreur, de la douleur. Et elle est humaine.
    Son corps a accepté la chaleur comme une indéniable vérité.
    Et l’espoir s’est mêlé à son sang sans émettre de réserve.
    C’est une idée qui lui plaît. De pouvoir lever le poignet et de voir l’espoir se débattre dans le bleu de ses veines. Elle fait rouler le mot sur ses lèvres.
    Espoir.
    Il fond et coule le long de son menton, dans son cou, sur son pull.
    Espoir.
    Une impalpable vérité qui prend forme et qu’elle peut sentir tremper sa peau.
    L’espoir est donc humide, conclut-elle.
    Humide de larmes.
    De joie ou de tristesse ?
    Elle nie la seconde option.
    Pas la tristesse. Jamais. Un homme n’a pas le droit d’être triste.
    Mais elle est une femme.
    Alors elle pleure. Elle pleure toutes les larmes de son corps, elle pleure à inonder le caniveau. Elle pleure.
    Et puis elle comprend.
    Chaque espoir est différent, motivé par un sentiment.
    L’espoir guidé par la tristesse.
    L’espoir guidé par le bonheur.
    L’espoir guidé par la haine.
    La haine est le moteur d’espoir le moins courant, mais, paradoxalement, c’est aussi le plus puissant.
    Voilà ce qu’elle comprend.
    L’homme ne l’a pas reconnue. Ou il n’a pas voulu la reconnaître. Tant mieux. Elle n’aurait pas supporté son regard plein de cruauté et de sadisme.
    Il a tué sa fille.
    Il a tué sa fille et pourtant, elle attend simplement qu’il meure.
    Pourquoi ?
    Pourquoi attendre une mort naturelle qui se produira peut-être dans 20 ans, 30 ans, 40 ans ?
    Elle ne le sait pas.
    Elle sait une chose.
    Elle le hait. De toute son âme.
    Mais curieusement, jamais elle ne lui ferait du mal. Même le frapper lui paraît impossible.
    Pourquoi ?
    La question erre dans sa tête, rebondit contre les murs, lui donne mal au crâne, envie de pleurer.
    Elle ne peut plus.
    Elle a trop pleuré.
    Une fois tombé, il faut se relever. Toujours. On ne peut vivre éternellement recroquevillé en ressassant ses fautes.
    Elle se lève.
    Forte.
    Elle a compris.
    Compris pourquoi, au lieu de se jeter sur cet être infâme, détestable au possible, elle fait de son mieux pour qu’il ne la reconnaisse pas.
    Compris pourquoi elle le hait sans lui en vouloir.
    Elle a compris que le tuer ou l’insulter ne servirait à rien.
    Elle a compris que l’étrangler en y mettant tout son coeur ne lui rendrait pas sa fille.
    Elle a compris pourquoi elle le hait alors qu’en son âme, elle souhaite qu’il ne culpabilise pas.
    Elle l’a pardonné.
    Elle ne le hait plus pour le meurtre de sa fille.
    Elle le hait pour toutes les autres atrocités qu’il a commis envers le monde.
    Et cette haine lui insuffle de l’espoir.
    L’espoir qu’un jour, sa conscience se réveillera.
    L’espoir qu’un jour, il se repentira.
    Et que ce jour là, il la retrouve et qu’ils se saluent, d’un salut dé ué de la moindre trace de haine, de cruauté ou d’antipathie.
    Et ce jour là, ils mourront.
    En attendant, elle est debout, sur le bord de la route, devant la brocante de Roger.
    Roger.
    Roger qui est debout, derrière son comptoir, à longueur de journées.
    Le vieux Roger, comme elle l’appelait.
    Quand elle était enfant.
    Roger avait toujours quelque chose pour elle, un vieux 45 tours, un réveil qui ne marchait plus.
    Il était là pour la consoler, lorsque sa mère était morte, emportant avec elle toute son enfance.
    Il était là pour l’héberger, lorsqu’il avait fallu vendre l’appartement familial pour pouvoir continuer à vivre. Appartement qu’elle avait racheté depuis, en économisant sur le salaire que Roger lui payait pour lui dégotter des vieilleries en plus de celles qu’elles pouvait garder lorsqu’elles l’intéressaient.
    Roger qui était au cimetière, 2 semaines plus tôt, pour l’enterrement de sa petite-fille adoptive. Tuée par un fou.
    Roger qui avait hurlé de rage et de désespoir quand il avait appris la nouvelle.
    Roger qui est comme un père pour elle.
    Le père qu’elle n’a jamais eu.

    Elle marche en suivant la Seine, longuement.
    Elle ressasse toutes ces pensées, en vrac.
    Et elle espère.

    Écrit par Cal et moi ! Cal le début jusqu’à « Elle nie la seconde option », moi jusqu’à… ben… la fin.

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  7. Ze hamster, ce n’est pas en pleurant comme ça qu’on va plus aller voir ton texte. C’est pas un reproche, je faisais la même chose à ton âge avant de me rendre compte combien c’était insupportable.

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  8. Tu as vraiment eu une amie à l’hopital et la soeur d’un ami… morte ?
    Je… Je ne compatis plus, c’est bien plus fort que ça. Je suis toi. Je suis cet ami dont la soeur est morte.
    Et je crie.
    Et je pleure.

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  9. En plein élan

    Sidération.
    Etat de sidération.
    Alors c’est comme ça qu’on dit ? Alors c’est comme ça qu’on aurait dû dire, la fille figée dans son salon, là, elle est en état de sidération ?
    Elle est toute petite, elle est toute seule, seule et à demi accroupie au centre de la pièce, immobile et glacée. Elle est en état de sidération face à la voix qui s’extrait du téléviseur en face d’elle, qui semble gonfler, emplir la pièce et l’espace, et soudain elle tremble–
    Rien que ça–
    Rien que ça–
    Et soudain elle hurle–
    Pas ça, plus ça–
    Et d’autres mots qu’elle ne comprend pas.

    Cette fille n’a jamais abusé, de rien. N’a jamais rien consommé d’illégal. Rien fait de licitement réprouvable. Cette fille est dans la norme, politiquement correcte, peut être bien fière dans ses petits souliers de bonne citoyenne française.
    Pourtant cette nuit-là elle se drogue.
    Comme des millions d’autres au même instant.
    La tête entre les mains. Le café pour tenir.
    Se drogue aux infos, aux sites d’actualités, à la radio.
    Mais rien ne peut étancher sa soif.
    Elle veut tout savoir. Elle voudrait entendre que c’est bon, tout le monde est sauf.
    Mais personne n’ose mentir.
    Il y a eu des morts, beaucoup, il y en aura encore, trop.
    Ils le disent tous.
    Cette fille a l’impression de boire à petites gorgées le sang des morts, de l’absorber et de le faire sien.
    C’est tellement macabre.

    Elle se sent coupable.
    Une sensation insidieuse qui vient lui engourdir les membres. Une douleur qui tisse sa toile dans son corps. Envisage de s’y installer. Une impression de souillure qui l’empêche de respirer, comme si on coupait sa gorge de coton.
    Elle étouffe.
    Elle étouffe.
    Elle ne parvient à vomir que de la bile.

    Elle n’a pas pu dormir. Elle ne se sent pas de dormir quand d’autres agonisent.
    La fille dissout dans de l’eau froide des vitamines compactées en comprimés. Avale. Beuh.
    Un goût de fer, un goût de sang.

    Se lève. Saisit enfin l’appareil qu’elle avait occulté pendant toute la soirée de hier.
    Son portable.
    Elle avait trop peur d’appeler une de ses connaissances parisiennes et de tomber sur son répondeur. Aujourd’hui la fille ne se sent pas plus forte mais elle est simplement
    Anesthésiée.

    Elle n’a pas encore pleuré. Pleurer c’est admettre. Elle n’a pas admis.
    Elle vit encore dans le déni.
    Elle a peur mais c’est abstrait. Peur de quoi elle ne saurait le dire. Mais elle en tremble de peur, d’une peur sans fondement.
    Elle ne réalise pas.

    Cette fille allume son portable.
    Ses doigts survolent la liste des contacts. Elle dévisage, envisage. Qui choisir.
    Elle sélectionne Natacha au hasard.
    Tacha Verneuil, son amie de lycée… Qui habite dans le onze ou douzième arrondissement elle croit… Elle ne sait plus très bien…
    Elle écrit un message.
    Tu es où ?
    Doit se faire violence pour pouvoir l’envoyer.
    Une fois qu’elle a réussi une fois, c’est plus facile de réitérer le geste. Des Tu es où ? ou des Ça va ? fleurissent sous ses doigts. Elle expédie les sms sans trêve.
    Elle ne s’était jamais rendue compte du nombre de ses connaissances qui habitent à Paris.

    La fille reçoit des messages de soulagement. Des je vais bien. Des ne t’inquiète pas. Un ou deux appels, un ami notamment, qui a perdu sa sœur dans une fusillade.
    Elle est morte Chloé elle est morte tu te rends compte Chloé non tu ne peux pas j’ai entendu les coups de feu j’ai pas osé descendre non c’est pas ça j’ai pas compris au début je croyais que c’étaient des pétards je sais pas comment j’aurais pu m’imaginer que mon Dieu qu’il y avait des gens qui mourraient juste au pied de la porte comment je pouvais savoir que ma sœur n’allait pas rentrer est-ce que si j’étais descendu j’aurais pu éviter ça est-ce qu’elle serait encore vivante et…
    Je comprends.
    Elle répond ça, cette fille, Chloé.
    Alors que ce n’est pas vrai. Elle ne comprend pas –elle ne peut pas comprendre. Personne n’est mort pour elle, ou pas encore.
    Et elle n’a toujours pas réalisé.

    Natacha n’a toujours pas répondu. Une psychose qu’elle ne comprend pas névrose l’esprit de Chloé. Elle envoie un
    Ne sors pas
    Alors qu’elle devrait savoir que le danger c’était avant. Le vendredi au soir. Plus maintenant.

    L’heure passe. Chloé est affalée dans un fauteuil et elle tente de lire L’écume des jours en râlant contre la télévision qui la gêne dans sa lecture –la télévision qu’elle ne parvient pas à éteindre.
    Les mots la percutent et résonnent en elle.
    On dénombre à présent 128 morts.
    Elle est agitée par un incompréhensible haut-le-cœur.
    Réponds Natacha je t’en supplie.
    Natacha ne répond pas.
    Chloé commence à comprendre.
    Natacha j’ai peur pour toi je t’en supplie.

    C’est par Kathel qu’elle finit par avoir le dernier mot.
    Allo, Chloé… ?
    C’est moi.
    Une crise de sanglots secs à l’autre bout du fil.
    C’est terrible… C’est horrible…
    Kathel ? Kathel qu’est-ce qu’il se passe ?
    J’y étais… J’y étais putain j’y étais…
    Chloé sent la sueur lui tremper le dos.
    Glacée.
    Tu étais où Kathel ?
    Elle ne dit rien en retour.
    Kathel !
    Sa voix au supplice.
    Je les ai vus Chloé… Je les ai vus mourir… Il y avait une jeune fille juste… Juste à côté de moi… Ses yeux, tu aurais vu ses yeux quand elle s’est pris une balle dans… Dans le cœur…
    Souffle. Souffre.
    Ils sont restés grands… Grands ouverts… Immenses… Une telle terreur… Elle savait qu’elle allait mourir…
    Tais-toi.
    Elle les avait tellement clairs. Verts. Hagards. Perdus. Elle a juste dit Non quand elle sa poitrine a explosé sous l’impact, juste Non pas comme ça –et puis elle est morte.
    Je m’en fous. Je ne veux pas savoir.
    Les mains de Chloé tremblent.
    Il y avait un garçon avec elle et…
    Tais-toi je t’en supplie tais-toi !
    Et il n’a pas compris il l’a prise dans ses bras il a hurlé deux trois fois son prénom Clara ! je me souviens, Clara !
    Je t’en prie…
    Et puis il est mort aussi.
    Un silence.
    Pourquoi moi je suis vivante ?
    Je ne sais pas Kathel tais-toi.
    Evidemment que tu ne sais pas. Personne ne sait.
    Amertume.
    Sa voix se radoucit quand elle dit
    J’étais à ce concert avec Natacha et un mec que tu ne connais… connaissais pas… Sandro… Mort…
    Chloé pleure. Elle se sent étrangement, égoïstement, coupablement soulagée que ce soit cet homme qu’elle ne connaissait pas qui ait été fauché en plein élan.
    Natacha ?
    Elle demande.
    Transférée à la Pitié-Salpêtrière mais…
    Kathel hésite, comme si le mot contenait plus de douleur encore que les faits et les souvenirs.
    Vivante.
    C’est bien.
    Oui.
    Chloé raccroche.

    Kathel rappelle.
    Quoi encore ?
    Chloé a peur et on le sent dans sa voix.
    Leurs visages.
    Quoi, leurs visages.
    Les terroristes.
    Sa gorge se noue.
    Quoi ?
    Ils étaient à visage découvert. C’est drôle de voir comme l’endoctrinement pur, la haine sans borne, la bêtise humaine personnifiée, eh bien, c’est drôle de voir comme elle nous ressemble.
    Elle éclate d’un rire sans joie et
    Elle raccroche.

    Chloé dans le tram ce matin.
    Tout le monde se regarde en chien de faïence. On n’est pas à Paris pourtant… On est à Strasbourg… Mais c’est pareil, ma pauvre dame ; Strasbourg c’est en France et la France a peur.
    Voyez la crispation soudaine de tous les passagers quand
    Un homme visiblement d’origine maghrébine débarque.
    Vous avez peur de quoi connards ? Qu’il vous plante un couteau dans le dos ? Qu’il se fasse exploser ?
    Eh ! Regardez son visage ! C’est pas le visage d’un meurtrier, ça… C’est pas les mains d’un meurtrier… Ni la peau d’un meurtrier…
    S’il avait quoi que ce soit de vraiment grave à commettre, ça se verrait sur son visage il suinterait quelque chose. Mais là ! Regardez-le ! Son visage est une toile vierge !
    Chloé ne parvient pas à dire ces mots qu’elle pense si fort.

    Et soudain un cri
    Putain mais vous croyez quoi ? Bien sûr qu’on va y passer aussi qu’on est les prochains sur la liste ! Ils n’ont pas défoncé la capitale de la France pour foutre la paix à celle de l’Europe !
    Il s’effondre en larmes.
    Chloé se sent mal.
    Elle n’ose rien dire.
    Un goût de sang dans sa bouche.

    Ce texte a été écrit à partir des témoignages qui ont circulé toute la journée –et de ce que j’ai vécu.
    #PrayForParis

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  10. Ils étaient assis sur un banc, seuls au bord de la rivière.
    Chacun aimait l’autre sans pouvoir le dire.
    L’une était muette. L’autre était sourd. Mais ils s’aimaient.
    Il regarda la forêt qui s’étendait devant eux.
    Elle n’était pas sombre et noire, comme les forêts de pins dans les films d’horreur où les héros trouvaient des vampires et des loups-garous. Non. C’était une forêt claire, avec des chênes, des peupliers, des hêtres, des châtaigners, quelques tilleuls aussi.
    Cette forêt représentait leur enfance, calme, douce et apaisante. Il se remémorra le temps des cabanes qu’ils avaient voulu suspendre dans les arbres, jusqu’à ce qu’il tombe du haut d’un jeune châtaigner. Il avait atterri dans un tas de feuilles en riant.
    Et il avait eu la peur de sa vie.
    Alors, il avaient commencé leurs escapades, allant toujours plus loin.
    Et ils avaient trouvé cet endroit magique. Cet endroit avec un cours d’eau qui s’écoulait, tranquille, devant l’orée de la forêt.
    Ils l’avaient tout de suite aimé.
    Ils avaient suivi le fleuve jusqu’à pouvoir le traverser à pied, puis ils s’étaient assis sur ls banc qui les attendait là. Ils étaient restés des heures à contempler l’endroit, et elle avait dit son premier mot.
    Beau.
    Il ne l’avait pas entendue, mais il avait lu sur ses lèvres et avait compris.
    Depuis, il ne s’aventuraient dans la forêt que dans cet unique but, la traverser pour s’asseoir sur le banc.
    Elle réussissait à parler chaque jour un peu plus tandis que lui entendait chaque jour un peu mieux. Ils ne s’exprimaient que pendant cet instant.
    Puis vint une invitée indésirable qui s’immisca dans leur vie.
    L’ancien du village répétait souvent que les meilleurs s’en allaient les premiers.
    Il était assis sur un banc, seul au bord de la rivière.
    Et il pleurait.
    Fait d’après le tableau proposé par Cal.
    Merci, Louise !

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